02 mai, 2005

La saga des enfants chanteurs - RHEUHATHIK -5

La lumière commençait à décliner. Gardant le trophée à la main, il entama son voyage de retour vers la grotte qui abritait son peuple. Mais avant, il lui fallait nettoyer le gigantesque croc sanguinolent qui avait fait frémir ceux de son camp. Et l’étang, la destination de sa quête, ne devait pas être bien loin. Il le sentait à l’odeur suave portée par la bise légère faisant frémir les feuilles des arbres. Il était là, caché par des hautes herbes. Il emprunta aux animaux de la forêt le chemin qu’ils avaient tracé pour aller s’abreuver. Il songea qu’il lui faudrait le rendre en aussi bon état qu’il l’avait trouvé. Il nettoya consciencieusement l’énorme pieu d’ivoire. L’eau, alentours se teinta d’une jolie couleur rose et cela suffit à lui mettre le cœur en joie. La pièce était bien propre et brillait aux derniers rayons rougeoyants du soleil. Il s’en alla d’un pas léger.
Maintenant il y avait pris goût ! Il se remit à chanter. Une longue complainte douce et syncopée qui disait à peu prêt ceci :
Dans la jungle
Terrible jungle
Le lion est mort ce soir
Dort ma belle
Dort ma gazelle
Le lion est mort ce soir
Encore, de nos jours, quand le soleil se couche sous la savane brûlante, certaines tribus d’Afrique, reprennent cette mélopée que leur ont transmise leurs ancêtres. Certains d’entre-vous, qui ont parcouru ces terres lointaines l’on peut-être entendue. C’est ce qu’on m’a rapporté. Ou bien l’ai-je entendu ailleurs ? …je n’sais plus !
Décidément notre ami avait le cœur en fête et chantonnait toujours en approchant de la lisière de la forêt. Il se retourna une dernière fois, tendit au peuple des bois, comme un flambeau au bout de ses bras, le symbole de la force brutale. Mais quand il de retourna…
Les autres étaient là ! Ils s’étaient cachés derrière les derniers arbres. Que des hommes, immenses, le visage renfrogné. Étrangement personne ne bougea
Sans savoir pourquoi, parce que une force indépendante de sa volonté le lui commandait, il se remit à chanter. Le miracle s’accomplit. Les visages s’éclairèrent de petits sourires timides. D’un pas hésitant, il repris son chemin qu’il avait laissé choir lamentablement à ses pieds poussiéreux. D’un geste ample de la main, il les invita à le suivre. Ce qu’ils firent un peu…interloqués.
Marchant de concert dans la pénombre envahissante, la troupe avait resserré ses rangs. Les hommes scandaient de leurs belles voix graves – heu!… à vrai dire, pas vraiment. Plutôt rauques, les voix, mais bon ! on va pas chipoter, non ? - donc de leurs belles voix disais-je, ils reprenaient les phases musicales lancées par le jeune soliste
Et voilà ! Qui aurait cru que le chœur musical, la chorale en quelque sorte, avait été inventé à l’aube de l’humanité par une bande de chasseurs pouilleux sortant d’une forêt sinistre.
Mais cette journée mémorable n’a pas fini de nous réserver des surprises. Oyez brave gens l’histoire fabuleuse d’une poignée de pionniers qui osèrent violer une des lois fondamentales de la nature


à suivre...