Céline - 3
3.
Céline ne tenait plus en place depuis que son père lui avait promis cette sortie au cinéma. Bien-sûr elle avait entendu parlé du film, c’était devenu un sujet récurrent de discussion dans la cours du collège entre copines et elle devait bien être une des dernières à ne pas l’avoir vu. Elle s’était bien gardée d’en parler autour d’elle mais fréquentait d’une manière plus assidue les cercles discrets qui se formaient entre filles sous les arbres du fond. Elle n’y trouvait pas grand chose d’intéressant mais ne pouvait cependant pas s’empêcher d’y aller, c’était comme ça ! et ne se posait pas plus de questions. Des fois elle avait la tête trop pleine, les idées, les émotions, les sentiments, les obligations et devoirs de son âge y faisaient une grande farandole sans qu’elle tente d’en arrêter le cours ou cherche à en tirer l’écheveau.
Saura-t-on jamais ce qui se passe dans la tête d’une jeune fille de treize ans ?
La lumière s’éteignit, un petit sourire au papa qui cherchait le moyen le plus efficace de disparaître dans son fauteuil et Céline, le cœur battant bizarrement la chamade - qui d’ailleurs n’avait rien fait - quitta la terre ferme pour les rivages envoûtants de « fond de l’étang »
Les premières larmes apparurent avec Pépino. Il ressemblait trop au petit frère qu’elle n’aurait plus, une déchirure enfouie au plus profond d’elle et qui surgissait quelquefois à l’improviste, la plongeant dans de longs silences mélancoliques.
Le générique défilait sur l’écran, accompagné du dernier chant, et pourtant personne ne quittait son fauteuil, voulant goûter jusqu'à la dernière note le kyrie majestueux « in memoriam ». Comme à regret, la lumière revenue, chacun quitta son fauteuil en silence désirant demeurer encore dans l’univers magique qui l’avait tant bouleversé, retenir un peu le cours du temps avant d’affronter la rue, la vie de tous les jours. Les belles mélodies continuaient leur ronde lancinante, s’entrecroisant, se mélangeant comme les arabesques des patins sur la glace dans la tête de Céline. Les yeux dans le vague, elle enfouit sa petite main dans celle de son père qui ne pipait mot tout en arborant un air décontracté qui aurait fait se tordre de rire ses copains. Heureusement ils étaient à des années lumière.
Seule une caresse de pur bonheur était passée sur un océan d’émotions.
Céline ?
….
Visiblement son vaisseau spatial n’avait pas encore atterri, elle était le « cerf-volant volant au vent » Pour ne pas rompre le charme et maintenir le « calme enchantement », son père éteignit la radio de la voiture. Le voyage de retour se déroula en silence.
Sur le pas de la porte il dit à sa fille :
« Tu sais ça se soigne !
Foin des praticiens et autres carabins, comme thérapie nous ferons quelque emplette dans la première échoppe venue afin de revisiter ce qui vient de nous égratigner »
Heu… un peu compliqué le Baboune mais l’annonce lui alla droit au cœur et encore une fois elle lui sauta au cou.
Faut pas négliger les bonnes habitudes !
« et quand tu auras touché terre, tu prépareras tes affaires de musique, demain tu as ton cours de violoncelle au conservatoire et si j’ai bien compris ce que m’a dit madame Valhoir, une petite surprise vous attend. »
« dit moi ! »
« dis non ! un p’tit bonheur par jour, c’est pas merveilleux la vie ? Et puis il est tard et l’humain ç’a pionce ! hum…bon…
bisous ma puce »
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